Dans les sous-sols du Musée du Domaine de Sceaux se trouve le vélocipède à vapeur conçu par Louis-Guillaume Perreaux, longtemps considéré comme le premier ancêtre de tous les deux-roues motorisés. Passionné de moto et de restauration, Jean-Pierre Kreder en a construit deux répliques exactes, dont une va être mise en route d’ici 2027.
Jean-Pierre Kreder et sa première réplique du vélocipède à vapeur devant le stand de la FFVE aux coupes Moto Légende à Dijon en 2026.
Comme souvent dans l’histoire des techniques, déterminer qui a été le premier inventeur d’une innovation majeure suscite des débats, parfois alimentés par de nouvelles découvertes historiques. Dans le cas des deux-roues motorisés, le vélocipède Perreaux à vapeur de 1871 a longtemps été considéré comme le premier du genre. Depuis, ce titre glorieux a été attribué au deux-roues conçu par l’Américain Sylvester Howard Roper en 1867 mais l’engin français conserve une importance majeure. « Il demeure en Europe le point de départ de l’évolution du deux-roues motorisé : les inventeurs se sont inspirés de l’expérience de Perreaux, d’autant plus que la machine américaine n’était pas forcément connue » raconte Jean-Pierre Kreder, qui en a réalisé deux répliques. « Il reste très innovant pour son époque. Produit sur la base d’un vélocipède contemporain, il est doté d’un moteur autonome entièrement constitué de bronze avec un système de chauffage de l’eau par vapeur d’alcool qui fonctionnait réellement ».
Six ans et 2 500 heures de travail
Ingénieur des Arts et Métiers, Jean-Pierre Kreder s’est lancé en 2019 dans son projet de réplique de cet engin, dont l’original est peu visible par le grand public, puisqu’il ne sort que rarement des réserves de son musée. « Je suis un ancien motard, je me suis passionné pour la restauration des motos anciennes. C’est un loisir, ma soupape de décompression. J’ai commencé par celles de ma jeunesse, puis par des modèles de l’entre-deux-guerres. Il manquait encore à mon actif des ancêtres d’avant 1914. Ce projet m’a d’autant plus attiré que Louis-Guillaume Perreaux était lui-même un ingénieur des Arts et Métiers, issu du même centre de formation que moi à Châlons-en-Champagne. Or il faut savoir qu’il existe dans cette école une forme de relation privilégiée entre les anciens et les plus jeunes arrivés. Enfin, J’ai toujours été admiratif de la mécanique du XIXème siècle et du début du XXème, période durant laquelle tout a été inventé, même ce que l’on redécouvre aujourd’hui ».
Après avoir obtenu l’accès au modèle original, Jean-Pierre Kreder en réalise des relevés très précis et mobilise une véritable équipe au service de ce projet, composée notamment de deux camarades de promotion. Un travail de documentation pointu se met en œuvre et une modélisation en trois dimensions de l’engin est même entreprise. Ce travail profite opportunément du chantier de restauration du vélocipède engagé en 2023, qui lui permet d’accéder aux parties cachées et à ses derniers secrets de fonctionnement. Les données recueillies ont été naturellement partagées avec les équipes du Musée du Domaine de Sceaux, qui ont acquis ainsi une connaissance intime du chef d’œuvre.
Deux répliques produites
Le projet prévoit rapidement la réalisation de deux répliques, dont la première terminée début 2026 a été présentée aux Coupes Moto Légende à Dijon devant le stand de la FFVE avant d’être exposée au Musée du Cycle et de la Moto du Château de Bosc à Domazan. Claude Reynaud, son propriétaire, historien reconnu du cycle, a en effet été impliqué dès l’origine dans l’aventure. La deuxième réplique demeure entre les mains de Jean-Paul Kreder qui compte la rendre disponible pour des expositions. Son objectif est également d’en démontrer le bon fonctionnement et il en termine justement la réalisation fin 2026, avant d’envisager un démarrage début 2027. « Je me suis dévoué à cette tâche autant pour l’histoire que par plaisir car j’ai un petit atelier parfaitement adapté. Je me suis appuyé sur des compétences et j’ai investi dans du matériel : imprimante 3D pour réaliser les modèles et une fonderie pour fabriquer les petites pièces : c’est un savoir-faire que je connaissais déjà car au début des années 70, les Arts et Métiers formaient encore à la vapeur. Cependant, les éléments les plus importants ont été réalisés par le lycée professionnel Marie Curie de Nogent-sur-Oise ».
Alors qu’elle n’est pas encore terminée, la deuxième réplique se réserve déjà un agenda chargé. Jean-Pierre Kreder est en effet sollicité par les plus grand Salons et présentera la machine en septembre 2027 à Almenêches dans l’Orne, commune de naissance de l’inventeur. Jérôme Leroux, un de ses habitants, a en effet créé le Moto Club Louis-Guillaume Perreaux en l’honneur de l’inventeur, dont la maison existe toujours : jamais sa mémoire n’aura autant été honorée !
Pour connaitre les détails techniques de ce projet de restauration, lire le sujet écrit par Jean-Pierre Kreder et Pierre Jobard eux-mêmes sur l’excellent site Moto-Collection.org
© C.P




