Laurent Boucher exerce depuis plus de 30 ans dans son garage Elecauto LB à Ravenel, dans l’Oise. Il redonne vie aux équipements électriques les plus anciens : dynamo, alternateurs et dynastar. Un savoir-faire rare et indispensable pour continuer à faire rouler les véhicules d’époque antérieur à l’avènement de l’électronique.
Un atelier lui aussi d’époque : tout un programme…
Pouvez-vous nous présenter en quoi consiste exactement votre activité ?
Laurent Boucher : Je restaure tous les appareils électriques, c’est-à-dire dynamos, démarreurs, dynastar pour les véhicules des années 1920 aux années 1970. Cela va de la révision jusqu’à la réfection totale de certains systèmes avec pour objectif une fiabilité de long terme. Par exemple, je ne me contente pas lors des révisions de remplacer les charbons, je refais également les bagues et réentoile les inducteurs. Il n’y a quasiment rien que je n’ai pu remettre en état : le seul cas dont je me souviens est un klaxon de Ford 1936 car le collecteur était défectueux et personne ne souhaitait le reproduire ! Je suis en mesure de refabriquer les pièces lorsqu’elles n’existent plus, refaire les bobinages ou reproduire les porte-charbons en bronze à partir de moules en silicone que je réalise moi-même et que je donne au fondeur. Bien entendu ce qui demande le plus d’expérience et de savoir-faire reste de déterminer la panne du client et de déterminer comment cela se répare ! Aujourd’hui je pense que nous sommes deux en France à partager ce savoir-faire à ce niveau.
Comment l’aventure a-t-elle commencé ?
Laurent Boucher : Mon père dirigeait un garage spécialisé dans l’électricité automobile à Paris, en activité depuis 1920. Il y a été engagé très jeune avant de reprendre l’activité : il travaillait déjà avec des collectionneurs dans les années 1970. Pour ma part, j’ai toujours possédé des voitures anciennes depuis l’âge de 15 ans. J’avais fait des études d’architecte et expérimenté plusieurs activités avant de finalement reprendre celle de mon père voici 30 ans. Depuis, je travaille avec de nombreux clubs de marques, comme La Traction Universelle, le Club des Doyennes Panhard & Levassor, mais aussi avec des restaurateurs automobiles comme la famille Novo qui me confient la partie électricité de leurs projets. Aujourd’hui je vois de plus en plus de clients de Belgique et des Pays-Bas où le savoir-faire s’est perdu.
Le Garage Elecauto rue Morand à Paris en 1947. Remarquez le chien !
Quels sont les projets qui vous ont le plus marqués durant votre carrière ?
Laurent Boucher : Je me souviens du démarreur de la Chenard et Walker gagnante aux 24 Heures 1923 du Musée du Mans, dont il a fallu recréer les porte-charbons car la pièce n’était pas complète. J’ai aussi refait deux dynastar pour une Lincoln 1925 de la collection de S.A.S. le Prince de Monaco. Ce qui demande le plus de travail ce sont d’ailleurs ces dynastar, ces appareils qui jouent à la fois le rôle de démarreur et de dynamos, montés notamment sur les Panhard jusqu’à la Deuxième Guerre Mondiale. Ce sont des appareils très complexes : alors que sur un induit de démarreur, la partie centrale qui tourne, on compte en général de 23 à 27 lames, elles sont au nombre de 72 à 96 sur une dynastar ! Il faut compter plus de deux jours de main d’œuvre entre le démontage, le nettoyage et le remontage et le prix de la pièce peut parfois dépasser celui des voitures.






