Le choix de l’huile adéquate pour un moteur ancien reste toujours délicat, surtout si l’on considère l’évolution des huiles modernes, toujours plus fluides et complexes. Motul répond à nos questions.
Lorsqu’il est question de choisir la viscosité de son huile moteur, le manuel de bord reste-t-il le seul juge de paix ?
Motul : La réponse est oui mais il faut se réajuster à la chimie de l’époque, en particulier pour les avant-guerre. À l’époque, elles tournaient avec une huile monograde minérale SAE 30, 40 ou 50, et il faut rester sur ces préconisations. Il ne faut surtout pas imaginer qu’une huile de synthèse ou de semi-synthèse va être plus performante et adaptée que les huiles recommandées d’origine, ou même une multigrade par rapport à une monograde. Le seul cas où on peut vraiment sortir des clous, c’est pour une utilisation dans des conditions sportives d’un moteur qui n’a pas été prévu à l’origine pour. Bien entendu, toute règle a ses exceptions, comme par exemple les Porsche 911, dont beaucoup roulent aujourd’hui avec des huiles de synthèse alors que Porsche pouvait recommander une monograde, ou encore les moteurs qui ont été entièrement rénovés. Le mieux est de consulter des spécialistes en cas de doute.
L’huile 100 % synthèse est-elle toujours la plus performante ?
Motul : La réponse est non ! Ce n’est pas parce que c’est plus cher que c’est adapté. Pour rappel, les huiles minérales, monograde ou multigrade sont issues du pétrole et ne reçoivent pas d’additifs chimiques puissants. Une huile monograde minérale est adaptée notamment pour les joints en papier utilisés par les moteurs des voitures d’avant-guerre. Leur niveau de détergence, d’agressivité pour l’ensemble de ces supports reste neutre. Ce qui distingue les huiles de synthèse, c’est leur teneur importante en produits chimiques non issus du pétrole qui leur donne des propriétés de tenue à la température et de stabilité de viscosité supérieures. Utiliser de telles huiles sur un moteur ancien non refait peut avoir des conséquences très graves : elles décollent les résidus accumulés dans le moteur, qui peuvent boucher les circuits d’huile et provoquer une casse.
Motul à Rétromobile 2025 © agence.galis
Peut-on rappeler aux collectionneur les principales étapes de l’évolution des huiles moteur ?
Motul : De manière générale, les voitures ont utilisé de l’huile monograde jusqu’à la fin des années 1950, où les huiles multigrades ont commencé à apparaître à des niveaux de viscosité très élevés. Ce n’est qu’à partir des années 1960 que les huiles de semi-synthèse ont fait leur apparition et dans les années 1970 que l’on a commencé à utiliser des viscosités en 10, en particulier sur certains moteurs italiens. L’huile 100 % synthèse et les degrés de viscosité encore inférieurs sont arrivés dans les années 80 pour certains types de moteur dont les usinages ont évolué. À partir du moment où on a usiné au niveau du micron, le besoin d’une huile visqueuse était naturellement moindre.
Les anciennes roulent dans l’ensemble beaucoup moins que les modernes : peut-on vidanger moins souvent ?
Motul : Pour nous, la préconisation est une vidange tous les ans, même si les durées de roulage et le kilométrage effectué sont faibles. Même sans rouler, l’huile est soumise à l’oxydation des réservoirs d’huile et à sa dilution par l’essence. Ce sont des facteurs aggravants pour la longévité des moteurs. En revanche, la chimie a changé et les huiles modernes, même monogrades, sont plus performantes et ne nécessitent pas d’être vidangées tous les six mois, comme cela pouvait être préconisé sur certaines automobiles, notamment d’avant-guerre.
Quel est l’intérêt d’utiliser des huiles spécialisées pour ancienne ?
Motul : C’est un tout petit peu technique mais les moteurs conçus à l’époque des carburants plombés employaient des taux de zinc et de phosphore extrêmement élevés nécessaires notamment pour protéger les poussoirs, culbuteurs et arbres à cames : c’est ce qu’on appelle le taux de ZDDP. Nos huiles Classic par exemple, possèdent un taux de zinc supérieur à 1500 ppm, un taux conforme à l’usage de l’époque alors que les huiles du commerce grand public sont en dessous de 500 afin de protéger les catalyseurs. Nos huiles classiques donnent une sécurité que les huiles du grand commerce n’ont pas.
© CP




