Équipement d’usure par excellence, le pneumatique dépend plus que tout autre organe des refabrications pour son remplacement. Pierre-Emmanuel Moutenet, associé gérant chez Pneucollection.com, nous en explique les tenants et aboutissants.
Les voitures des années 1980, en particulier les sportives comme cette Renault 5 GT Turbo, ont retrouvé des montes adaptées récemment.
Va-t-on vers une plus grande diversité et disponibilité des pneus pour véhicules d’époque avec le développement du mouvement de la collection ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : Ma réponse est nuancée même si nous proposons aujourd’hui environ 2 800 références. Depuis 15 ans que je suis dans le classique, nous voyons arriver des nouveautés mais également disparaître des références sans solution de remplacement. Sur certaines dimensions qui représentent du volume, les produits se multiplient, ce qui est un peu dommage car on se retrouve parfois avec une offre très abondante pour certaines montes et d’autres pour lesquelles il est impossible de trouver une solution. C’est la loi de l’offre et la demande.
Quels sont les types de pneus les plus répandus ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : Deux ou trois dimensions se distinguent pour chaque décennie et c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui. Les fabricants automobiles ont toujours tendance à utiliser les mêmes tailles selon les catégories de véhicules. Dans les années 1990, il y avait des tailles en 14 et 15 pouces qui représentaient 60% du marché. Durant les années 50, le 165X400 qui équipait les Traction et certaines Simca ou le 155X400 qui équipait les 203 faisaient partie des plus répandues. Jusqu’au années 80, les diamètres sont allés en diminuant avant de grandir à nouveau.
Comment se décide la refabrication d’un pneu pour modèle de collection ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : C’est là encore une question de demande, les fabricants se réfèrent aux sollicitations des clubs pour certaines dimensions et ils nous consultent également. Ils sont également attentifs aux véhicules qui ont un regain d’intérêt auprès des collectionneurs mais ils ne communiquent pas forcément sur leurs projets de refabrication.
À droite, Pierre-Emmanuel Moutenet, associé gérant de Pneucollection.com
Le coût d’un pneu est-il uniquement dû à l’importance de la série ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : Oui, le volume joue énormément dans le prix de revient et de commercialisation d’un pneumatique. J’ai en tête l’importante différence de tarif entre un 125X15 des Citroën 2CV produit à des quantités importantes et le 400X15 des Simca 5, très proches en dimensions mais beaucoup moins demandé et donc deux fois plus cher.
La qualité de la gomme est-elle identique à ce qu’on trouve pour des voitures modernes ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : Bien sûr, les fabricants font bénéficier les pneus classiques de leur recherche sur les pneus pour modernes, si ben que les mélanges de gomme sont bien plus performants aujourd’hui que ceux utilisés à l’époque de la conception des autos.
Y-a-t-il le même écart de qualité entre fabricants que ce qu’on peut observer dans les pneus grande série ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : Oui, il existe un grand écart entre les produits de certains fabricants asiatiques premier prix et les marques dites premium, je le constate tous les jours ne serait-ce qu’en terme de précision de fabrication et de respect des dimensions. Par ailleurs, le vieillissement dans le temps, qui est un critère essentiel pour des véhicules d’époque, peut être beaucoup plus rapide avec des carcasses qui se déforment et du caoutchouc qui se fissure plus vite.
Aucun problème pour chausser une 2CV, très collectionnée…
Pouvez-vous nous donner un exemple des dernières nouveautés en matière de pneus ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : Dans les dernières nouveautés je peux citer Michelin qui a ressorti les Pilot Exalto 2 en 11 tailles dont le 195/55 R13 pour les bombinettes comme la R5 GT Turbo, qui avait totalement disparu auparavant. Citons aussi les 195/60 R14 et 195/65 R14, une monte des années 1980 qui est réapparue au catalogue face à la demande. Malheureusement certaines autos attendent leur heure comme la Jaguar XJS ou certaines Rolls-Royce qui ont souffert de la disparition de nombreuses références du manufacturier Avon.
Quel conseil souhaiteriez-vous donner aux collectionneurs ?
Pierre-Emmanuel Moutenet : Je les incite à regarder la date de fabrication inscrite sur le flanc des pneus de leurs véhicule. Je suis moi-même collectionneur et suis souvent à titre personnel sur de petits rassemblements et je regarde un peu par déformation professionnelle les pneus des voitures : ça fait peur ! On voit des voitures qui ont des pneus de 20 ou 25 ans même sur des modèles très haut de gamme. Je n’oserais pas rouler avec des pneus comme cela, à cet âge ils sont susceptibles de se déformer sans prévenir et d’éclater avec les conséquences dramatiques à la clé.
… mais les propriétaires de Jaguar XJS attendent leur heure.
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