Durant 30 ans, les frères Marcadier ont reconstruit ou restauré les ossatures en bois de carrosseries de 400 véhicules d’époque. Désormais à la retraite mais toujours actif au sein du club Automobiles Charentaises d’avant 1940, Dominique revient pour le blog de la FFVE sur cette carrière et ce savoir-faire si particulier.
A droite, Dominique Marcadier lors de la remise du Prix ACF de la restauration automobile.
Quand avez-vous commencé votre activité ?
Dominique Marcadier : Nous nous sommes d’abord installés comme ébénistes en juin 1987. Je possédais déjà une maîtrise de menuiserie, je savais tracer et intervenir sur des meubles complexes. Ce n’est qu’en 1995 que nous avons travaillé sur notre première voiture car on nous l’a demandé. Par la suite j’en ai moi-même acheté une et, de fil en aiguille, nous nous sommes spécialisés et avons commencé à exposer dans des salons spécialisés, tout en poursuivant dans l’ébénisterie jusqu’en 2000. Lorsque nous avons débuté, nous avons demandé à la Fédération s’il existait des professionnels spécialisés et on nous a répondu que cela n’existait plus depuis les années 50. Ceux qui restaient n’étaient pas connus. Nous avons progressé au fil des projets. Nous avons commencé sur des voitures simples avant de toucher à des modèles plus complexes. Ce que nous savons faire aujourd’hui est le résultat de 30 ans de pratique. Intervenir sur des structures en bois de carrosserie implique des savoir-faire très spécifiques, très différents de l’ébénisterie sur meuble ancien.
Un plan à l’échelle lors de la réalisation de l’ossature de la Talbot Goutte d’eau.
Comment vous répartissiez-vous le travail entre vous et votre frère Stéphane ?
Dominique Marcadier : Je traçais toujours les plans, mon frère s’occupait des soubassements de la structure et je réalisais souvent l’avant, par lequel on démarre souvent. On finissait en général par les ouvrants. À la fin, nous positionnions nos pare-brise, capotage…. Nous livrions les voitures au carrossier avec une structure entièrement montée. Il fallait que cela soit parfait en sortie d’atelier. Le carrossier n’avait plus qu’à poser les tôles. Au total nous avons réalisé 400 voitures : nous avons encore du mal à y croire !
Disposiez-vous de gabarits et de plans d’époque pour travailler ?
Dominique Marcadier : Il faut déjà préciser qu’il existe deux types de projets : les modèles qu’il faut démonter pour en refaire les boiseries afin que les tôles s’adaptent et les châssis nus à recarrosser entièrement. Dans ce dernier cas il faut se référer aux documents d’époque et refaire de zéro les gabarits et un plan. Même lorsqu’on démonte une voiture il est nécessaire de tracer un plan, à partir des pièces existantes si c’est possible. Sinon il faut concevoir et dessiner les gabarits : c’est le plus difficile, il faut être traceur, c’est l’essence du métier. À l’époque il y avait certes des plans mais ils étaient faits à l’échelle 1 sur un mur de deux mètres de haut et jusqu’à six ou sept mètres de long. Ces plans étaient quasi systématiquement détruits après la fin du projet. Chaque voiture était faite pour une personne et était unique. Nous avons eu l’expérience de refaire deux Delahaye Chapron très ressemblantes qui n’avaient que 17 numéros de châssis d’écart. Nous avons eu la surprise de constater que ce n’était pas les mêmes gabarits de bois. C’était vraiment de l’artisanat. Même pour les voitures de grande série les plans n’ont pas survécu. Par exemple chez Peugeot des appels d’offre étaient réalisés pour chaque type de carrosserie, c’était un menuisier indépendant, souvent différent, qui les réalisait.
L’ossature terminée de la Talbot Figoni : le projet le plus difficile réalisé par les frères Marcadier.
Quel a été le projet le plus complexe de votre carrière ?
Dominique Marcadier : Incontestablement, la Talbot « goutte d’eau » par Figoni qui nous a réclamé 850 heures de travail en 2021. Elle nous a demandé beaucoup de réflexion à cause de ses formes : plus il y en a, plus c’est complexe. Il n’y avait pas un bout de bois qui était droit. Il faut savoir que tout est découpé à partir d’un bloc de frêne cubique, rien n’est cintré.
On sait que votre entreprise n’a pour l’instant pas été reprise. Avez-vous eu tout de même l’occasion de transmettre votre savoir-faire ?
Dominique Marcadier : Nous avons formé des apprentis mais seulement lorsque nous étions ébénistes. Nous avons même eu à l’époque les deux meilleurs de Charente ! Malheureusement ce n’est pas possible dans le travail des structures automobiles car nous partons déjà d’un niveau très élevé : il faudrait déjà qu’ils maîtrisent toutes les bases du métier. Nous-mêmes, pour progresser il nous a fallu acheter des plans anciens et surtout démonter beaucoup de voitures pour comprendre : c’est l’expérience et ça ne s’apprend pas, surtout pas dans des livres. Et il faut savoir bien chiffrer pour vendre son travail. Au début nous n’étions rentables que grâce aux meubles que nous réalisions en parallèle car nos devis de restauration étaient encore à côté de la réalité.
On distingue l’importance du bois dans ce genre de carrosserie d’avant-guerre.
Avez-vous eu la sensation que votre savoir-faire a été reconnu à sa juste valeur ?
Dominique Marcadier : Nous n’avons pas à nous plaindre : nos clients nous ont toujours fait part de leur satisfaction. Nous avons été également reconnus par la FFVE et avons même reçu en 2024 le prix ACF de la restauration automobile en présence du Président Jean-Louis Blanc et du Vice-Président Hubert Haberbush.
Autre exemple de travail des frères Marcadier sur une berline Ballot 2LTS à carrosserie Weymann.
© CP




