Connaissez-vous Motobloc ? Si la réponse est négative, ce n’est pas la faute de Clément Brouzes, qui s’attache à faire revivre cette marque bordelaise disparue. Il nous explique sa démarche.
Clément Brouzes © Guillaume Bonnaud
Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs quelques éléments d’histoire à propos de la marque Motobloc ?
Clément Brouzes : Motobloc était le gros constructeur de la région de Bordeaux. Je parle bien de constructeur car comme on le sait il y a eu à l’époque beaucoup d’assembleurs d’éléments achetés sur étagère. Motobloc était un véritable industriel, qui fabriquait lui-même ses carrosseries, moteurs et châssis. Il a su se démarquer dès le départ en exploitant le brevet d’un de ses fondateurs, celui du bloc moteur, qui intégrait dans le même élément de fonderie le moteur, la boîte de vitesse et l’embrayage. Les véhicules électriques utilisent encore aujourd’hui ce principe. Ce brevet est bien entendu à l’origine du nom de la marque.
Entre 1902 et 1930, Motobloc a fabriqué entre 5000 et 6000 voitures, même si nous n’avons pas les chiffres car une grande partie des archives ont disparu. Elle a également produit des camions mais aussi des obus pendant les deux guerres. Après 1945, l’entreprise s’est reconvertie dans la fabrication de moteurs de cyclomoteurs, tandis que la marque a été utilisée pour désigner une dizaine de deux roues, depuis les 49 cm3 à moteur produit en interne jusqu’à des motocyclettes de 200 cm3 assemblées à partir d’éléments extérieurs. Motobloc était un des poumons économiques de la région avant l’arrivée de Dassault, avec 1 700 employés qui vivaient à Bordeaux dans le quartier Bastide. C’est d’ailleurs l’avionneur qui a repris l’essentiel de ses actifs après sa fermeture en 1961.
Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la marque ?
Clément Brouzes : Je me suis intéressé à la marque à la sortie de mes études en 2014, lorsque j’ai créé mon établissement. Je suis antiquaire, je voulais que son nom évoque quelque chose de l’automobile et du XXème siècle car c’est l’époque dans laquelle je me spécialise. Et pour moi le nom de Motobloc, que j’avais découvert dans un ouvrage, me paraissait cohérent avec l’univers automobilia et automobile qui caractérise en partie mon activité. Il avait en plus l’avantage d’être connecté à l’histoire régionale. En choisissant ce nom « L’Atelier Motobloc », j’ai ouvert la boîte de Pandore. 48 h après avoir l’avoir inscrit sur ma façade j’ai rencontré des bordelais passionnés, des historiens de l’automobile qui m’ont tous sensibilisé à l’histoire du constructeur. De fil en aiguille, j’ai créé une association distincte de mon entreprise afin de faire reconnaître ce patrimoine. Elle me prend parfois plus de temps que mon activité !
Que représente la marque Motobloc aujourd’hui ?
Clément Brouzes : Motobloc est désormais ancré dans le patrimoine bordelais, car nous avons, au moins une fois par an, organisé des expositions. L’idée est également de lui redonner vie à travers des projets. Nous avons eu la chance en 2018 de faire l’acquisition d’une berline Motobloc S4 de 1932 que j’ai cédée à l’association. Elle a bénéficié d’une restauration mécanique financée par la Fondation du Patrimoine et Motul à partir de 2019. C’est aujourd’hui une auto qui roule avec laquelle il m’arrive de réaliser des Bordeaux Paris, notamment lors du Vintage Revival Montlhéry. Un ouvrage a également été écrit en 2015 sur la marque par Jean Luc Fournier, un journaliste connu. Aujourd’hui, l’association et moi possédons quatre voitures sur la vingtaine qui subsiste dans le monde. Nous comptons également une dizaine de cyclos et motos sur la centaine survivante et quelques archives. Mon dernier projet concerne un coupé sport Type R de 1924 que j’ai acheté il y a un an. L’idée est de le restaurer à neuf, avec une démarche patrimoniale et muséale. Nous souhaitons travailler avec les meilleurs ouvriers de France, des CQP notamment Angoulême, le CNVA, et nous avons déjà des partenaires de choix comme la Fondation du Patrimoine, la Région Aquitaine et Rétromobile.
© CP








