Devenu symbole du pilotage, objet de collection, star de ventes aux enchères et de décoration artistique, le casque n’a pourtant pas toujours fait partie de la panoplie de la course. Il a même attendu l’après-guerre pour faire ses véritables débuts.
Le célèbre champion René Arnoux casqué au volant d’une Formule 1 Renault, lors d’un événement consacré à Renault Turbo.
Longtemps perçu comme une fatalité, l’accident en course automobile ou motocycliste a longtemps attendu avant de faire l’objet de premières mesures de prévention. Lors du premier demi-siècle de l’histoire de la compétition, les pilotes eux-mêmes se protégeaient très peu, sinon en portant des lunettes contre la poussière et les projections d’huile. Les premiers casques portés dans les années 30 n’avaient d’ailleurs pas de fonction antichoc : il s’agissait plutôt d’un moyen de protection rudimentaire contre le bruit et le froid. Réalisé en cuir, leur usage a directement été inspiré par l’aviation, où son port dans les cockpits ouverts des aéroplanes était de rigueur.
Les premiers casques rigides
Ce n’est qu’après-guerre que le port du casque à coque rigide en forme de « bol », souvent en métal, avec ou sans visière commence à se généraliser. C’est à ce moment qu’il devient indissociable de la course, avec des images qui reviennent immédiatement en tête, comme celle de Fangio et son casque rouge. Son port devient très vite obligatoire dans la plupart des courses, en Formule 1 bien sûr mais aussi dans les spéciales de rallye et dans les compétitions motocyclistes. Les règles de sécurité relèvent cependant encore de la responsabilité exclusive des organisateurs locaux et le casque n’est pas encore normalisé. Il a cependant déjà fait l’objet des premières représentations artistiques comme la célèbre série de lithographies des pilotes à casques de Geo Ham.
Le casque profite de l’apparition de nouveaux matériaux comme la résine et la fibre de verre et, là encore des progrès de l’aviation de chasse pour laquelle il devient un outil de survie du pilote. Il commence à faire l’objet d’une fabrication en série, notamment grâce à la marque américaine Bell. Il n’est plus alors question de bol : sa forme devient semi-intégrale et recouvre les côtés de la tête mais pas encore totalement le visage. À l’intérieur, de la mousse synthétique permet d’amortir les chocs. La sécurité commence à devenir une préoccupation des organisateurs de course et la Fédération Internationale de l’Automobile impose le port du casque aux pilotes et commence à mettre en œuvre des normes applicables à toutes les courses organisées sous son égide. Entre temps, le casque devient d’autant plus courant dans la culture populaire que son port est devenu obligatoire pour les motocyclistes hors agglomération en 1961 en France.
Sécurité oblige, les pilotes des voitures d’avant-guerre portent aujourd’hui des casques anachroniques : ils étaient pour ainsi dire inexistants à l’époque de cette Bugatti 35.
La révolution du casque intégral
Le casque intégral apparaît lui aussi durant les années 60, notamment avec le Bell Star de 1968, non sans réticence de la part des pilotes dont certains continuent à porter des modèles semi-ouverts jusqu’en 1974. Très vite, ils reçoivent une visière de protection relevable : la forme du casque tel qu’on le connaît aujourd’hui est quasiment actée, mais il réalise encore d’énormes progrès dans les années suivantes. D’abord très lourd à porter, les modèles intégraux profitent encore de l’évolution des matériaux et de la mise en œuvre d’aérations pour le confort du pilote.
C’est aussi le début de la personnalisation : Henri Pescarolo devient immédiatement reconnaissable en course grâce à son casque vert, tandis que certains pilotes commencent à y poser les adhésifs de leurs sponsors. Elle reste cependant limitée car le matériau ne permet pas à la peinture d’adhérer. Avec les années, les décorations deviennent plus sophistiquées et ces objets deviennent identitaires pour certains pilotes : le casque au couleur du Brésil d’Ayrton Senna, celui bleu blanc rouge d’Alain Prost. Les matériaux continuent eux aussi à évoluer avec l’apparition en F1 des casques en kevlar ou en carbone tandis que leur forme devient plus aérodynamique. Aujourd’hui, il est même devenu un objet de collection. Celui d’Ayrton Senna au Grand Prix de Belgique 1992 a ainsi dépassé les 960 000 dollars aux enchères en avril 2025 !
Merci à Marc Aumonier Délégué Régional FFVE du Val d’Oise, de nous avoir partagé sa connaissance du sujet !
Ce pilote de Racer 500 Lefebvre de 1952 porte un casque « bol » typique des années 50.
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