Nous avons interrogé Stéphane Pavot, directeur du département automobiles de la maison de ventes Osenat, membre de la FFVE, sur la situation du marché des enchères. Il dispense également ses conseils pour bien acheter un véhicule d’époque par ce moyen.
Stéphane Pavot, directeur du département automobiles de la maison Osenat © Osenat
Comment qualifieriez-vous le contexte pour les enchères en ce début 2026 ?
Stéphane Pavot : Le début d’année est plutôt très positif, nous avons eu beaucoup de premiers achats de la part de nouveaux acquéreurs. De manière générale, les prix ont fortement baissé en deux ans mais ils ont tendance à remonter un peu en ce moment. Par ailleurs, nous vendons de plus en plus de voitures et nos taux de vente augmentent : le marché n’est pas du tout sclérosé malgré le contexte mondial. Il y a toujours autant d’attrait, ce que l’on voit aussi par la fréquentation des salons. Nous observons un gros intérêt pour les voitures plus récentes, les youngtimers et les supercars. Cela touche toutes les catégories de prix. Les Peugeot 205 ou 306, les Renault Clio sportives rencontrent un fort engouement de la part de la clientèle française. Ces acheteurs veulent retrouver leurs 20 ans, les autos sur lesquelles ils ont appris à conduire.
On sait que votre maison est spécialiste des avant-guerre. Quelle est la situation pour cette catégorie de véhicules d’époque ?
Stéphane Pavot : C’est un marché qui est mondial, nous avons beaucoup plus d’acheteurs étrangers sur ce type d’auto. Les prix ont chuté sur certains modèles mais les autos continuent à se vendre et à rouler. Il y a des secteurs de niche comme par exemple les ancêtres d’avant 1905 éligibles au London Brighton sur lesquelles on observe même un rajeunissement des collectionneurs. Dans l’ensemble les modèles sportifs avec un peu de chevaux conservent la côte mais les populaires comme les Peugeot 201, 301 ou Citroën Traction voient leur prix baisser nettement. Par exemple j’avais vendu en 2015 plus de 600 000 € l’une des trois Traction 15/6 cabriolet authentiques, qui était devenue la Citroën la plus chère du monde à l’époque. La même est repassée en vente récemment et n’a pas trouvé preneur pour 300 000 €.
Osenat organise les ventes officielles du Salon Epoqu’Auto. Lors de l’édition 2025, la maison vendait cette rarissime Renault Frégate Cabriolet Letourneur et Marchand 112 800 €, très au-dessus de son estimation. © CP
Quels conseils donneriez-vous à un enchérisseur novice ?
Stéphane Pavot : En premier lieu de consulter : les experts, les dossiers des voitures, leur historique de factures. En ce qui nous concerne, nous avons notre propre local et nous circulons beaucoup avec nos voitures ce qui nous permet de conseiller nos enchérisseurs et leur indiquer les éléments à revoir : il n’y a plus d’achat à l’aveugle comme auparavant. Il faut prendre du temps, éplucher les dossiers, regarder les dessous de la voiture, ne surtout pas se précipiter. Bien entendu il faut prendre en compte les frais de vente et les calculer mentalement au moment d’enchérir.
Sur quel type d’auto faut-il aujourd’hui investir ?
Stéphane Pavot : C’est évidemment la question que l’on me pose toujours : qu’est-ce que je peux acheter qui représente un bon placement ? Ma réponse est toujours la même : rien. Quand on va au cinéma ou au restaurant on ne calcule pas le retour de rentabilité ! Ce que je conseille c’est de s’orienter en fonction de ses coups de cœur, de trouver parmi ses connaissances un modèle correspondant et l’essayer pour vérifier qu’il correspond bien à ses attentes. L’autre jour j’ai fait essayer en passager à un collectionneur une Morgan dont il avait toujours rêvé et il s’est rendu compte que l’auto était trop radicale pour lui : il a finalement été séduit par une Mercedes Pagode.
Les ventes suscitent toujours beaucoup d’affluence comme c’était le cas lors de la vente Epoqu’Auto 2025.© CP




