Les acteurs : Bertha Ringer (1849-1944) et son époux Carl Benz (1844-1929), leurs fils Eugen et Richard. Une devise : ce que femme veut !
Bertha Benz effectue le premier long trajet en automobile en août 1888.
© Mercedes-Benz group Archives
Carl Benz, jeune adulte, suit une formation technique à Vienne, il revient à Mannheim après 4 semaines seulement, insatisfait !
1871 : à 27 ans il est fiancé à Bertha Ringer, une jeune femme de 22 ans originaire de Pforzheim. Il ouvre à Mannheim un atelier de mécanique fin 1871 avec un associé, mais entre vite en conflit avec lui. Bertha demande à son père de pouvoir disposer de sa dot avant la date du mariage afin de permettre à Carl d’être indépendant, il peut ainsi se séparer de son associé en lui rachetant ses parts.
Le mariage de Carl et Bertha est célébré le 20 juillet 1872 en l’église évangélique de Pforzheim.
En 1882, Carl, aidé par deux nouveaux commanditaires fiables, Caspar Rose et Wilhelm Esslinger, produit dans sa société des moteurs fixes industriels à 2 temps.
1886 : Un premier prototype de voiture est construit, le Dreirad (Tricycle), développant 0,75 ch à 400 tours-minutes, fonctionnel et équipé d’un original allumage électrique à pile et bobine de Ruhmkorff, il est suivi d’un deuxième. En 1887, un troisième prototype est mis en chantier. Plus étoffé, peaufiné, il s’améliore, toujours à 3 roues, il est utilisé seulement pour de la mise au point sur de petits parcours d’essai de 5 à 10 km. Carl n’étant toujours pas sûr de rentrer au moteur, hésite à s’aventurer plus loin, et se force à découvrir à chaque fois une mini amélioration ici où là, restant cantonné à la technique, mais ne franchissant pas encore le pas « commercial ». Ses deux fils, surtout l’ainé Eugen et le second Richard l’accompagnent souvent et rien du fonctionnement du véhicule ne leur échappe. Bertha suit avec intérêt les discussions et reste informée des améliorations et du fonctionnement de la machine. En 1888, Carl met en chantier un quatrième « prototype », soigné, il doit être présenté à la foire de Munich en septembre. Alors peut-être et selon l’accueil du public et le succès des démonstrations prévues dans la ville de Munich, des commandes pourraient être prises. Le troisième qui roule bien désormais est remisé dans un coin après avoir servi de modèle au quatrième, pour lequel Carl estime pouvoir encore mieux faire…
En août 1888, les enfants sont en vacances scolaires, le père de Bertha est décédé depuis quelques mois, elle informe son mari de son souhait de rendre visite à sa mère pour quelques jours. De Mannheim à Pforzheim il y a 89 km à couvrir. Par le chemin le plus direct, cela prend des heures, voire plus avec une voiture à traction animale. Carl a du travail, il veille tard le soir et n’ira pas voir sa belle-mère.
Volontaire et organisée, Bertha s’est réveillée tôt, et dès l’aube avec ses deux fils, ils poussent la voiture N°3 hors de la remise, s’assurent du plein du réservoir, et suffisamment loin pour ne pas être entendus, ils démarrent le moteur et prennent la route. Le parcours ne fut pas sans péripétie, il fallut trouver du carburant, de l’éther de pétrole appelé à l’époque « ligroïne ». Le pharmacien de la place du village de Wiesloch leur en céda quelques litres. Quelques côtes raides furent gravies avec peine, le jeune Richard seul au guidon pour diriger la roue avant, Bertha et Eugen trottant derrière en poussant la voiture. Sur un arrêt intempestif, Bertha déboucha le carburateur avec son épingle à chapeau. À la soirée, la demeure de grand-maman veuve Ringer était en vue. Un télégramme partit pour rassurer Carl, il répondit : « Renvoyez-moi les chaînes de transmission pour la N°4, maintenant elles sont rodées. »
La voiture N°4 présentée à la foire de Munich fut particulièrement remarquée. Beaucoup de Messieurs s’étonnaient de l’intérêt de leurs épouses qui avaient lu les journaux, pour le tricycle de M. Benz !
À Wiesloch, sur la place du village, une œuvre artistique évoque aujourd’hui le tricycle et ses occupants, devant une officine qui est toujours une pharmacie. Toutefois la devanture porte une inscription particulière : « Ici se trouve la plus ancienne station-service du monde »
Place du village à Wiesloch
© Wiesloch – copyright Rudolf Stricker
Bertha racontait les péripéties du voyage lors des fêtes de famille jusqu’à la fin de sa vie, faisant rire à chaque fois toute l’assemblée. Au soir de sa vie vers 1929, Carl Benz laissa un écrit au sujet de son épouse (Extrait de Ainsi naquit l’Automobile – Jacques Ickx, Edita Lausanne, 1961) :
Ainsi s’établit à mon côté une idéaliste qui savait ce qu’elle voulait, et c’était passer du petit et de l’étroit à un horizon grand, vaste et lumineux. Avec elle, tout ce qui n’avait été jusque là que du rêve dut prendre des ailes sur-le-champ et se transformer en réalité. Croire à tout et tout espérer, lutter envers et contre tout, mais aussi tout accomplir et tout achever, devint le programme de notre chaude vie de ménage. Bertha Ringer, tel était le nom de cette jeune femme pleine de tempérament qui s’introduisit en directrice et en conseillère dans le cercle de mes idées et de mes projets. » Carl Benz.
Sources :
- Ainsi naquit L’Automobile – Jacques Ickx – Edita Lausanne 1961
- Mercedes-Benz – Ami Guichard et Jean-Rodolphe Piccard – Edita Lausanne 1986
Nota : en proie à des difficultés économiques, les Sociétés Benz et Daimler-Mercedes fusionnèrent en 1926 pour donner naissance à la marque Mercedes-Benz.






