Carrossier, carrosse, carrosserie : Le mot carrossier est ambigu, son double sens aujourd’hui est risque de sortie de route linguistique. Pour la majorité du public du XXIème siècle, un carrossier est un atelier où l’on répare les dommages subis par les carrosseries des véhicules roulants, dommages dont la gravité est proportionnelle au contact involontaire entre l’objet et un autre véhicule, ou un morceau de nature arboricole, de géologie rocheuse, voire un bâtiment… Constat fréquent !
Les charettes le Godais
Mais un carrossier peut aussi être un humain : ouvrier carrossier qui redonne sa forme originelle au véhicule, ou patron carrossier qui dirige l’établissement. C’est là que l’idée peut prendre une autre forme : Un patron carrossier, historiquement pouvait être un compagnon carrossier, une personne qui construisait un carrosse destiné à se déplacer sur un chemin « carrossable ». Et jusqu’à la fin du XIXème siècle, en principe à traction animale à de rares exceptions près.
Pour véhicule "motorisé"
Puis avec le modernisme et la révolution industrielle, le cheval et ses congénères commencèrent à respirer un peu, le carrosse recevant un moteur à vapeur, ou thermique à explosion, voire même dès le début parfois à énergie électrique. C’est alors que le carrossier s’est adapté aux véhicules « automobiles », transposant son savoir-faire sur des châssis motorisés de plus en plus personnalisés et adaptés au besoin des utilisateurs. Cette profession connut son apogée dans les années 30, avec des véhicules prestigieux produits sur commande pour une clientèle aisée, ou bien des véhicules industriels qui étaient souvent destinés au transport de marchandises, adaptés à des usages précis (animaux vivants, citernes, produits alimentaires, grues, terrassement, etc), sans oublier les autocars.
La carrosserie "industrielle"
Alors est apparue logiquement la notion de carrosserie « industrielle » produisant des véhicules adaptés à l’exercice de certains métiers, artisanaux ou pas, et même de service aux personnes, parfois d’urgence ou de sécurité (ambulances, pompiers, forces de sécurité). Très vite il fallut adapter les véhicules à un grand nombre de métiers, afin d’assurer robustesse, performance et économie tant dans la réalisation du véhicule que dans son usage ensuite par l’utilisateur selon ses besoins précis.
Si les grands carrossiers en voitures de tourisme ont tous disparus, le dernier français « Chapron » ayant réalisé des véhicules sur mesure pour nos chefs d’état, la carrosserie industrielle a su s’adapter, à autre chose que les curieux véhicules publicitaires du Tour de France cycliste !
Carrosserie Gruau : l’héritage d’une longue histoire industrielle et surtout humaine
Au sein de « l’Aventure Gruau » à Laval Saint-Berthevin (Mayenne), un parcours immersif vous emporte dans cette histoire, celle d’une entreprise, ponctuée de courtes vidéos, avec pédagogie. Une histoire d’entreprise racontée avec enthousiasme par Béatrice Racine-Gruau, sœur du président actuel.
Façade Gruau Laval de nos jours
Le parcours de cette entreprise familiale depuis 135 ans est presque incroyable, c’est une leçon de réussite à la française. Comment un projet familial modeste débuté en 1889 par la famille Le Godais, avec des « Charrettes anglaises » attelées, semé de challenges jusqu’en 1939, décolle dans l’après-guerre et se diversifie (autocars, caravanes) par la volonté de Marius Gruau, marié à la petite-fille le Godais en 1929.
Il fut un patron visionnaire au paternalisme provincial alors respecté et productif. Son fils René Gruau pressent les bonnes opportunités de développement, mais disparait hélas trop tôt.
C’est alors Patrick Gruau, propulsé aux affaires à 28 ans au décès de son père et pour quelques années aux côtés de son grand-père Marius, qui a montré des qualités hors pair, pratiquant un management participatif, où l’écoute de l’autre et l’humain permet à chaque membre du personnel d’apporter sa pierre à l’édifice global et au résultat final. Il règne chez Gruau une culture d’entreprise rare, propre à une thèse de doctorat en management évolutif. Aujourd’hui Gruau c’est plusieurs sites de production en France, des usines en Pologne et en Italie, 1600 collaborateurs, et plusieurs milliers de véhicules utilitaires adaptés à plus de cent métiers produits par an, sur des châssis et mécaniques provenant de 40 constructeurs différents !
A Laval Saint-Berthevin en Mayenne, au niveau 1 du bâtiment de « l’Aventure Gruau », quelques véhicules remarquables sont conservés, témoins de ces 135 ans de réussite et de diversification au service du transport professionnel. On y reçoit les clients, ou de petits groupes en réunions incentives, en semaine et sur rendez-vous.
© Photos Archives Gruau et F. Piquera










