Pilote, importateur, propriétaire d’écurie et véritable ambassadeur de Ferrari, Luigi Chinetti a joué un rôle déterminant dans l’histoire du constructeur italien. De ses premières victoires avec Alfa Romeo à son triomphe au Mans en 1949, puis à la création du North American Racing Team, son parcours raconte aussi l’internationalisation d’une marque devenue mythique.
Automobile de l’écurie NART dirigée par Luigi Chinetti au musée M24 © Pascal Rousselle
Né à Milan en 1901, il commence sa carrière dans l’automobile, pilote talentueux, passionné de mécanique et doté d’un véritable sens des affaires, il va progressivement passer du volant au commerce, puis à la direction d’une écurie.
Son histoire est intimement liée à celle des 24 Heures du Mans, mais aussi à celle d’Enzo Ferrari. Une histoire qui traversera l’Atlantique et contribuera à faire connaître le Cheval cabré auprès du public américain.
Des premières victoires avec Alfa Romeo
Luigi Chinetti fait ses premières armes dans le monde de la compétition au volant d’Alfa Romeo. Il se spécialise rapidement dans les épreuves d’endurance, où son expérience et sa régularité font merveille.
En 1932, il remporte pour la première fois les 24 Heures du Mans avec Raymond Sommer sur une Alfa Romeo 8C. Deux ans plus tard, il s’impose à nouveau dans la Sarthe, cette fois avec le Français Philippe Étancelin.
Ces deux succès installent Chinetti parmi les grands pilotes d’endurance de son époque. Mais la guerre va interrompre sa carrière européenne et l’amener à changer de continent.
De l’Italie aux États-Unis
Au début de la Seconde Guerre mondiale, Luigi Chinetti se trouve aux États-Unis. Il y restera finalement et deviendra citoyen américain en 1947.
Loin des circuits européens, il observe attentivement le marché automobile américain. Il comprend rapidement que les États-Unis pourraient représenter un formidable débouché pour les voitures de sport européennes.
Pendant ce temps, en Italie, son ami Enzo Ferrari vient de créer sa propre marque. Ferrari n’a alors que quelques années d’existence et cherche encore à se faire une place parmi les constructeurs de voitures de sport. Chinetti va devenir l’un de ses meilleurs ambassadeurs.
1949 : Ferrari découvre Le Mans
En 1949, les 24 Heures du Mans reprennent après plusieurs années d’interruption. Ferrari, encore une marque toute jeune, ne prévoit pourtant pas de participer officiellement à l’épreuve. Il convainc le Britannique Peter Mitchell-Thomson, plus connu sous le nom de Lord Selsdon, d’engager une Ferrari 166 MM. Enzo Ferrari reste réticent, mais Chinetti obtient finalement le feu vert nécessaire.
Pendant la course, Lord Selsdon rencontre des difficultés et doit réduire considérablement son temps de conduite. Chinetti prend alors les choses en main. Il pilotera la Ferrari pendant plus de vingt heures, quasiment seul, jusqu’à la victoire. À l’arrivée, la Ferrari 166 MM franchit la ligne en tête.
Pour Ferrari, c’est une victoire historique : sa première participation aux 24 Heures du Mans se solde par un succès. Pour Chinetti, il s’agit de sa troisième victoire dans la Sarthe, après celles obtenues avec Alfa Romeo en 1932 et 1934. Cette performance va également renforcer considérablement la relation entre les deux hommes.
Le premier ambassadeur de Ferrari aux États-Unis
Après cette victoire, Luigi Chinetti devient le représentant officiel de Ferrari aux États-Unis.
Il ne se contente pas de vendre des voitures. Il comprend que, pour séduire la clientèle américaine, Ferrari doit être présente sur les circuits. La compétition devient ainsi un formidable outil de promotion. Chinetti développe donc une activité commerciale autour des Ferrari de route tout en continuant à engager les voitures de la marque en compétition.
Cette approche va participer au succès de plusieurs modèles aux États-Unis. Chinetti travaille notamment avec John von Neumann, autre représentant important de Ferrari sur la côte Ouest, sur le développement d’une voiture répondant aux attentes de la clientèle californienne : la 250 GT California Spider.
Ferrari commence alors à s’installer durablement dans l’imaginaire automobile américain.
Le NART, une Ferrari aux couleurs américaines
Mais Luigi Chinetti n’a pas oublié la compétition. En 1958, il crée le North American Racing Team, plus connu sous le nom de NART. L’écurie a pour ambition d’engager des Ferrari dans les grandes compétitions internationales, avec une identité américaine.
Pendant près de deux décennies, le NART va devenir l’une des équipes privées les plus emblématiques du sport automobile. De nombreux pilotes vont se succéder sous ses couleurs, parmi lesquels Masten Gregory, Pedro Rodríguez et Ricardo Rodríguez. Le NART permet également à de jeunes talents de se faire connaître et contribue à renforcer encore la présence de Ferrari sur le continent américain.
Pour Chinetti, le rôle a changé : il n’est plus seulement derrière le volant. Il est désormais celui qui choisit les voitures, les pilotes et la stratégie.
1965 : Chinetti offre à Ferrari une nouvelle victoire au Mans
L’une des plus belles pages de l’histoire du NART s’écrit en 1965.
Engagée avec une Ferrari 250 LM, l’équipe de Luigi Chinetti affronte notamment les Ferrari officielles et les meilleures équipes privées de l’époque. Au volant de la 250 LM, l’Américain Masten Gregory et l’Autrichien Jochen Rindt réalisent une course remarquable et remportent les 24 Heures du Mans.
Pour Chinetti, cette victoire possède une saveur toute particulière. Seize ans plus tôt, il avait offert à Ferrari sa toute première victoire dans la Sarthe en tant que pilote. En 1965, il lui offre sa neuvième — et alors dernière — victoire au Mans, cette fois en tant que propriétaire d’écurie.
Il est ainsi le seul homme à avoir remporté les 24 Heures du Mans pour Ferrari à la fois au volant et en tant que patron d’équipe.
Aujourd’hui, si vous vous rendez au circuit des 24 Heures du Mans (entrée nord) ou au M24 Musée du Sport automobile, l’adresse à inscrire sur votre GPS c’est : Place Luigi Chinetti – le Mans
Un héritage qui dépasse les circuits
Luigi Chinetti poursuivra ses activités dans le monde automobile pendant encore plusieurs années. Il restera notamment associé au NART et à Ferrari jusqu’à la fin de sa vie.




